Architecture tunisienne

Publié le par sylvain dommergue

    Pour comprendre l'architecture tunisienne, il faut tenir compte non seulement des différences géographiques fondamentales entre le  nord et le sud du pays, mais surtout de son histoire qui remonte à plusieurs millénaires. A 60 kilomètres de Tunis, le site archéologique d'Utique témoigne du mélange entre la tradition phénicienne et le savoir-faire romain. D'après Pline l'ancien, la cité d'Utique aurait été érigée en 1101 avant Jésus Christ par les phéniciens. En s'unissant à Rome, elle devint la capitale de l'Afrique romaine. Il ne reste plus grand chose de cette cité à l'urbanisme régulier, détruite par les Vandales et les Arabes. Autrefois ville portuaire, elle est aujourd'hui ensablée à une dizaine de kilomètres du rivage. L'aspersion d'eau montre la beauté des pavements fait de marbre rose et jaune mélangés au marbre vert d'origine grecque. Quelques mosaïques témoignent encore de la présence romaine dont certaines sont conservées dans des musées célèbres comme celle appelée "Amours et dauphins" au Louvre.

Dans la baie de Tunis, les restes de la grande Carthage s'étendent sur plusieurs kilomètres. Les thermes d'Antoine couvrent à eux seuls 4 hectares. De ce gigantesque complexe destiné aux soins corporels des Carthaginois et de leurs tuteurs romains, il ne reste que les fondations. Les sous-sols abritaient des systèmes de canalisations hydrauliques pour les eaux chauffées aux feux de bois. La cité, fondée en 814 avant Jésus Christ juste après celle d'Utique, marque un moment majeur dans l'histoire méditerranéenne par l'installation des Phéniciens  en Occident. Inventeurs de l'alphabet, ils diffusent sur le littoral de l'Afrique du Nord leur art de bâtir et leur culture. Éternel ennemi des grecs puis des romains qui la fit tomber en 46 avant Jésus Christ, Carthage connut un essor important, devenant la 3ème ville de l'Empire romain après Rome et Antioche. Détruite par les barbares Vandales, reprise par les Byzantins puis les Arabes, elle finit comme carrière de marbre pour édifier les mosquées de Tunis. Non loin des thermes d'Antoine se trouvent les restes du sanctuaire punique de Tanit et Beal Hammon, dieux de fécondité et de prospérité dont l'origine se trouve en Asie Mineure. Il s'agit d'un cimetière qui présente la particularité de posséder de nombreuses tombes d'enfants. La pratique de sacrifices d'enfants permettait de conjurer le destin ou d'influer sur l'issue d'une guerre. Sur cette guillotine, l'enfant posait sa tête, plaçant ses avant-bras sur les appuis. Il était décapité avant d'être brûlé. Par la suite, les animaux remplacèrent les enfants. Une voûte fut construite par les romains afin de faire passer une route sans détruire le site funéraire marquant ainsi un respect pour les morts même s'ils n'étaient pas des leurs.

Les Romains occupèrent aussi l'île de Djerba, l'île des lithophages que les marins d'Ulysse quittèrent à regret. Tout au bout du sud-est de l'île, les restes du fort romain de Borj Kastil aux murs épais protégeaient des invasions maritimes.

Le patrimoine architectural du vieux Monastir obéit au cachet typique de la médina arabo-musulmane. A partir du 12ème siècle lors de la dynastie des Hafsides, tout s'organise autour de la grande mosquée et de la Casbah qui symbolisent le pouvoir et l'autorité à la fois religieuse, politique, et militaire. Souks et commerces s'articulaient autour du ribat et de la grande mosquée. L'édification au 8ème siècle des ribats, sorte de couvents forteresses qui ponctuent les côtes tunisiennes, trouve ses origines dans la lutte que se livra le monde chrétien et le monde musulman. Construit en 796, certainement le plus ancien et le plus grand du Maghreb, le ribat de Monastir subit des transformations jusqu'au 19ème siècle. Sa tour vigie lui permettait de surveiller la mer pour prévenir des éventuels assaillants chrétiens. La nuit, elle servait à envoyer des signaux lumineux aux autres ribats des villes voisines et le jour de base pour l'envol des pigeons voyageurs. Le ribat le plus proche de Monastir, celui de Sousse, protège cette ville sans défense naturelle. Son imposant ribat doté de murailles épaisses date du 8ème siècle. Encadré de deux colonnes, le porche permet l'accès à la cour carré centrale flanquée de petites cellules. La tour, le Nador, démontre son importance par sa position centrale dans la médina.

Les Ghorfas au sud du pays, sorte de cellules oblongues voûtées, sont construites en terre et installées côte à côte sur plusieurs étages. L'ensemble forme un ksar, sorte de grenier fortifié qui sert à entreposer le grain et l'huile ou parfois de logement. Le ksar de Médenine, contrairement aux autres, vit encore et les artisans y continuent leurs activités. Malheureusement, dans les années 60, la plupart de ces habitations furent détruites et plus de 6000 ghorfas furent rasées. Certaines qui remontent à plus de 600 ans furent restaurées au fur et à mesure des intempéries. A Farch, l'ensemble architectural a été complètement déserté par ses habitants depuis l'époque du protectorat français. Les gens se sont installés dans les maisons neuves ou ont rejoint les agglomérations. Les Ghorfas ne sont pourtant pas tous désertés et les habitants savent qu'ils constituent une curiosité pour les visiteurs.

Au pied des montagnes du sud tunisien se dresse parfois la silhouette verte d'une oasis. Ici, l'eau fraîche coule. Chibika, l'ancienne Ad Spéculum romain, un poste de garde avancé sur la route entre la côte et l'Algérie toute proche, abrite quelques familles qui vivent aux rythmes des récoltes.

Menacé par les inondations, le village a été reconstruit à coté de l'ancien.

Tozeur, la porte du désert, petite ville de 17 000 habitants possède une médina qui fait l'objet de travaux de rénovation. Le quartier d'Ouled el Hadef présente une architecture ancienne typique en Tunisie. La brique aux couleurs dorées omniprésente contribue à ce sentiment d'harmonie. Les plus anciennes demeures datent du 14ème siècle.

La ville abandonnée de Tamerza apparaît tout en longueur, bordée par l'oued qui coule tranquillement sur des pierres rongées. Au milieu d'une énorme faille, le petit village perché de Mides surplombe l'oasis qui se développe en contrebas. La médina et la casbah d'Hammamet date du 15ème siècle. Les chevaliers de Malte, déguisés en musulmans, s'emparèrent de la ville en 1602.

La médina, typique de l'architecture tunisienne, se compose de longs couloirs et de portes colorées.

Le long des allées, le calme règne. Les fenêtres sont protégées des regards indiscrets par les moucharabiehs.

Sidi Bou Saïd avec ses toits pointus contraste avec les toits plats du sud. Son architecture a été fortement influencée par les Andalous qui l'occupèrent  au 16ème siècle. La ville, miraculeusement préservée, est restaurée en permanence. Dar Essid, jadis demeure d'un notable de Sousse, représente un modèle typique de maison traditionnelle de la bourgeoisie soutienne. Derrière la porte d'entrée un vestibule écran est destiné à préserver l'intimité des femmes vivant dans la maison. Ce vestibule donne sur un patio, vaste cour aux murs richement décorés de carreaux de faïence. A gauche, une des trois chambres, conçue comme un petit appartement plus ou moins autonome avec salon et alcôves, peut abriter une petite famille.  Les horloges datent de 1800 et de nombreux portraits ornaient la chambre de la première femme comme celle du père du propriétaire des lieux mort en 1982. Deux tableaux de chaque côté de la table présente des versets du Coran en fil d'or. L'homme et la femme ne dormaient pas ensemble. La femme occupait le petit lit, en face, lorsqu'elle n'était pas sollicitée par son mari. Au premier étage, la chambre des domestiques fut utilisée jusqu'au début du siècle.

L'architecte américain Franck LLoyd Wright déclara un jour" la villa de Georges Sébastien est la plus belle maison que je connaisse". Cette maison située à Hammamet abrita de nombreux personnages célèbres tels que Winston Churchill et le général Montgomery. Georges Sébastien était un milliardaire qui décida de confier les plans de sa maison à un architecte sicilien vivant à quelques kilomètres de la ville. Subtil mélange entre le style andalou classique et l'inspiration art-déco, construite en brique, elle dégage une impression de sécurité et de calme, avec ses cours en arcades, ses murs blancs et son mobilier d'origine. Un amphithéâtre planté dans le jardin sert aux représentations théâtrales.

La maison de l'ambassadeur Hedda ressemble à un musée. Toujours habité, elle regroupe la collection d'objets de ce diplomate célèbre et de sa femme. Les pièces constituent un véritable tour du monde et aussi l'histoire d'une vie.

A l'opposé de ce luxe, dans le sud, se trouvent les habitations troglodytes de la région de Matmata. L'existence de ces étranges demeures remonte sûrement à l'époque d'Hérodote qui mentionne les troglodytes dans les textes du 5ème siècle avant JC. A ciel ouvert, un trou circulaire d'une dizaine de mètres s'ouvre sur une cour en terre battue six mètres plus bas. Les pièces et les chambres sont creusées à même la paroi dans un tuf, une roche très friable qui conserve la fraîcheur quand les rayons du soleil brûlent en plein été. Aucun autre matériau n'est nécessaire à ces constructions. L'habitation troglodyte abrite généralement une ou deux familles. Le président Bourguiba en 1960 avait déclaré ces constructions insalubres et dégradantes pour l'image du pays.

Une ville nouvelle fut construite à Matmata pour reloger ces troglodytes, sans succès. Elles constituent maintenant l'une des rares attractions de cette région.

 

 

Publié dans Art et Artisanat

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