Bénares, une cité sur la Gange

Publié le par sylvain dommergue

         Le Gange, fleuve le plus sacré de l'Inde, descendu du ciel dans les cheveux du dieu Shiva pour purifier les hommes. Bénarès, Varanasi pour les Indiens, la ville la plus sainte de l'Inde, bâtie en amphithéâtre au-dessus du fleuve.

À l'aube de chaque journée, la ville déverse une foule compacte dans les eaux encore sombres. Chaque hindou doit faire le pèlerinage à Bénarès, au moins une fois dans sa vie. Manifestation du pouvoir divin, le lever du soleil est le moment privilégié pour se plonger dans le Gange. Après avoir salué l'astre de feu, les croyants procèdent aux ablutions rituelles.

Avec leur "lota", un petit pot de laiton, ils s'aspergent d'eau en récitant des mantras, formules sacrées dédiées aux divinités.

Sur les ghats, les marches qui descendent dans l'eau, les pèlerins se déshabillent et  chantent pendant que les brahmanes accomplissent leurs rites ou commentent les textes sacrés. Les guirlandes de roses, de jasmin ou d'œillets sont destinées à être jetées dans le Gange en offrande. Pour les hindous, le Gange est féminin. Il représente la mère rédemptrice.

Ses eaux dispensent aux fidèles le salut et l'absolution de leurs fautes.

Les foules innombrables d'hommes et de femmes qui s'y purifient abrègent ainsi leurs cycles de réincarnations successives.

         À Bénarès, le Gange, qui décrit un lacet, coule en direction du Nord, emportant les péchés vers l’Himalaya, d'où ses vertus purificatrices.

Selon la tradition, la ville est construite sur une colline, perchée sur le trident de Shiva qui surveille du haut des sommets himalayens.

Plus de 2000 temples et sanctuaires ont été édifiés ici.

Le Gange est un don du dieu Shiva, omniprésent dans la ville, sous ses différentes formes.  C'est l'une des trois divinités majeures du panthéon brahmanique. Il est associé dans la croyance hindoue au cycle des renaissances sans fins et fait l'objet d'un culte particulier à Bénarès.

Plus d'une centaine de ghats plongent dans l'eau, dessinant un cordon de marches de plus de 5 kilomètres. Le pèlerinage des fidèles se déroule pendant 6 jours, ce qui n'est pas trop pour faire le tour des innombrables temples et sanctuaires.  Le dernier jour, les fidèles doivent se rendre sur 5 ghats bien déterminés et accomplir les différents rituels qui s'y attachent.

Surmontée de sa pyramide de clochetons et dédié à l'énergie féminine de Shiva, le temple de Durga, l'épouse du dieu.

Sur les chapiteaux, Krishna joue de la flûte pour séduire les bergères, accompagné de nombreuses figures du panthéon hindou.

Bénarès est aussi la ville où l'on vient mourir.  Ici, des proches d'un défunt viennent accomplir une cérémonie en sa mémoire. Les morts sont incinérés sur un ghat voisin. Selon la croyance, mourir à Bénarès, c’est échappé définitivement au cycle des réincarnations. Après la crémation, les cendres sont dispersées dans le fleuve.  Le rituel varie selon les castes. Certains défunts ne sont pas incinérés mais jetés à l'eau, tel quel dans le Gange.

Les scientifiques s'interrogent sur les dangers de pollution que représentent ces rites. Pourtant, un flux incessant de pèlerins qui se baignent et boivent l'eau sacrée sans tomber malade, perdure depuis des générations.

Sur les berges du fleuve, se mélangent pêle-mêle,  magiciens, vendeurs ambulants,  confiseurs,  pharmaciens,  astrologues et même parfois des dentistes.

         La mosquée de Bénarès domine la ville la plus sainte de l'hindouisme de ses deux minarets géants. Elle fut dressée ici par l'empereur Moghol Aurangzeb, qui, contrairement à ses ancêtres était un fanatique. Il voulait ainsi marquer son pouvoir sur la ville. Vu depuis le fleuve, Bénarès affiche sa splendeur. La vieille ville se détache en hauteur et sert de toile de fond aux scènes de baignade et d'ablutions. Les barques, chargées du bois pour les crémations, sillonnent continuellement le bassin. Les autorités indiennes, inquiètes de la déforestation que cela provoque dans la région, ont tenté d'imposer d'autres types de crémation, sans grand succès.

         Lorsque la nuit tombe sur la ville, les ghats s'allument de mille chandelles. C'est l'heure de "l'offrande de lumière" ou "Arati". Un rituel dont l'élément central est le feu. Pendant que les hindous chantent en cœur, les brahmanes célèbrent le culte sous des lampions. Des bougies disposées sur des barquettes de feuilles sont confiées au fleuve. Derrière l'amphithéâtre dévotionnel des ghats, la vieille ville de Bénarès ressemble à un labyrinthe. Les ruelles, qui prennent naissance près des marches, escaladent en zigzag la colline, en épousant la courbe du Gange. Les façades des maisons doivent faire face à l'un des quatre points cardinaux. Comme dans toutes les villes de pèlerinage, les incontournables marchands du temple proposent des souvenirs religieux.

         La spécialité de Bénarès : le Sari de soie. La ville est célèbre dans toute l'Inde pour ses brocarts rehaussés de dessins brodés, en fil d'or et de soie. En Inde, le ver à soie est élevé depuis le 17e siècle. Les fils étaient autrefois tissés hors des lieux de production.  Puis rapidement une véritable industrie se développa qui ne suffisait pas à satisfaire la demande. Aujourd'hui la production est devenue artisanale. Elle est réservée aux saris de grands prix. Les tissus synthétiques représentent une concurrence qui limite considérablement les possibilités d'expansion. Les bobines de soies, une fois étirées et teintes sont prêtes à tisser. Elles sont vendues au poids.

Parfois les métiers à tisser sont installés à même le trottoir. Autrefois, les artisans dessinaient chaque sari. Aujourd'hui, ils travaillent plutôt sur des patrons et des cartons. Ce sont des musulmans qui travaillent la soie.  Les empereurs Moghols, qui régnèrent sur la région du 12e au 18e siècle et qui appréciaient tout particulièrement les brocarts, installèrent à Bénarès des familles de tisserands musulmans. Leurs descendants perpétuent toujours la tradition.  Les techniques se transmettent de bouche à oreille et de père en fils. Les saris tissés sont lavés, puis séchés. Les rectangles de soie sont ensuite brodés de fils d'or et d'argent. Un sari de soie de Bénarès, tissé et brodé, coûte en moyenne le tiers du salaire annuel d'un habitant.

Les prix peuvent dépasser 100 fois ce que gagne un ouvrir tisseur par jour.

         Nulle autre cité ne permet de saisir comme Bénarès l'omniprésence du rituel dans la vie de chaque hindou. Grâce à une série d'actes tels que les pèlerinages, l'homme peut espérer de meilleures réincarnations.

Le "dharma", loi morale et religieuse, lui enjoint d'observer son devoir de caste et d'honorer les dieux. La somme des actions bonnes ou mauvaises d'une vie détermine les conditions de la renaissance. Pour atteindre la délivrance, l'observation scrupuleuse des rituels quotidiens, selon les préceptes de sa caste, est un passage obligé. Malgré l'omniprésence du rituel hindou, Bénarès et le Gange attirent d'autres pèlerins. C'est ici, au bord du fleuve et avec pour seuls compagnons les animaux, que le prince Siddhârta est devenu un Bouddha, un « éveillé ». Ayant rencontré au bord du Gange 5 ascètes, Siddhârta leur tint compagnie pendant six années dans leur vie de privation. Réalisant que la faiblesse physique devenait un handicap sur le chemin de l'éveil, celui-ci quitta les 5 ascètes. Il s'installa seul sous un arbre. Après avoir compris que l'existence n'était qu'une illusion et que le cycle infernal des renaissances devait être brisé, Siddhârta se plongea dans une profonde méditation qui le conduit à l'éveil. Siddhârta était devenu un Bouddha. Après son illumination, au 6e siècle avant notre ère, le Bouddha se rendit à Bénarès, puis à quelques kilomètres de là, dans ce parc, à Sarnath, pour délivrer son premier sermon. Sarnath est devenu un des hauts lieux du bouddhisme et a conservé un ensemble de bâtiments en ruines, vénérés comme des reliques. Certaines d'entre eux seraient contemporaines du Bouddha. À Sarnath, le Bouddha édicta ses 4 nobles vérités : Tout étant douleur et la cause de la douleur résidant dans le désir, l'extinction du désir peut supprimer la douleur. Une fois le désir banni, notamment par la méditation, la souffrance disparaît et la délivrance du cycle infernal des réincarnations est accomplie.

         Hindouisme, bouddhisme, deux religions nées dans le même creuset, mais les moyens d'accéder au salut pour les baigneurs des ghats de Bénarès et les pèlerins du parc de Sarnath sont bien différents.

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