Fête du Têt

Publié le par sylvain dommergue

La baie de Halong au nord du Vietnam, étend son paysage karstique de montagnes baignées par la mer de Chine. Lieu de promenade très prisé des vietnamiens du Nord, la baie de Halong se découvre en barque. La légende raconte qu'un dragon, qui avait quitté son antre montagneuse pour se jeter dans la mer, creusa avec sa queue de profondes crevasses dans le sol. L'eau vint les submerger et créa ainsi près de 3000 îlots aux formes étranges. Il est raconté ici qu'un monstre marin vit toujours au fond de la baie. La baie de Halong est truffée de cavernes et les barques déposent les visiteurs au pied des grottes du Pélican. Les salles, couvertes de stalactites et de stalagmites, évoquent parfois des formes humaines ou animales, telles d'étranges sculptures.

Depuis l'ouverture du Vietnam au tourisme et aux étrangers, des croisières sur la baie sont organisées dans de grandes jonques transformées en hôtel de luxe. Certaines montagnes de la baie abritent des monuments miraculeusement préservés pendant la guerre. Il faut grimper de nombreuses marches pour découvrir temples, pagodes, sculptures, et un magnifique panorama sur Halong. Derrière la baie, la route qui remonte vers le Nord traverse des terres gorgées d'eau où l'on cultive le riz. Hanoi, capitale du Vietnam réunifié fondée au XIe siècle, signifie "en deçà du fleuve", le fleuve Rouge. Ancienne cité impériale, elle porte les traces du passage de nombreux colonisateurs, des chinois aux européens.

Le centre de la ville abrite multitudes de portes, pagodes, ruelles ombragées. Hanoi compte plus de trois millions d'habitants. La ville s'est énormément étendue mais il est difficile de s'y loger et les habitants de la ville vivent nombreux dans des appartements de petite surface. Les vélos et les cyclomoteurs, bien plus nombreux que les voitures, sont le moyen de transport préféré des vietnamiens. Les courses se font bien souvent dans la rue et Hanoi compte un grand nombre de marchés dans lesquels tout se trouve, des victuailles aux vêtements. Dans ces marchés, les femmes viennent faire leurs courses en prévision de la fête du nouvel an ou fête du Têt. Elles achètent des fruits confits qu'il est coutume de manger et d'offrir à cette occasion. Quelques jours avant la fête du Têt, la ville se couvre de bannières. Chacun se prépare à faire les courses, préparer les plats et les vendeurs de ballons se multiplient. Pendant plusieurs jours les magasins vont rester fermés et personne n'ira travailler.

Le paysage urbain de Hanoi a été particulièrement marqué par la présence française. Parmi ce legs architectural, le Pont Doumer, la Cathédrale, l’université, des hôtels, un opéra et de superbes villas coloniales. La ville poursuit son extension et les pagodes anciennes, dont certaines constituent les plus anciens monuments vietnamiens, côtoient les immeubles modernes. Sur la place Ba Dinh, l’imposant mausolée du président Ho Chi Minh, père de l’indépendance, inauguré en 1975 dont le corps embaumé  repose dans un cercueil de verre.

Très marquée par la guerre, Hanoi rassemble dans son musée de l'armée des souvenirs de cette période de dévastation du pays.

Loin du musée de la guerre, la ville s'apprête pour la fête. La fête du Têt, qui symbolise à la fois le début de l'année lunaire et le renouveau, est l'occasion de célébrer les fleurs qui symbolisent le printemps. Nous sommes entre le solstice d'hiver et l'équinoxe de printemps. Le Têt change de date chaque année. C'est une fête mobile qui se déroule entre fin janvier et début février, le seul moment de l'année où le jeu et les paris dans la rue sont autorisés comme le jeu des 6 animaux ou les combats de coq.

Il est d'usage d'offrir aux personnes âgées des alcools de serpents, censés leur apporter tonus et vitalité. Hanoi fourmille de magasins qui proposent de multiples décoctions de reptiles. Les paysans apportent en ville leur canne à sucre qui servira à confectionner une boisson pour la fête du Têt. La fleur de cerisier, cueillie dans des plantations, est le symbole du nouvel an. Les branches roses sont censées porter bonheur sous certaines conditions. En effet que lorsqu'elles sont apportées à la maison, les fleurs doivent s’ouvrir précisément au moment de la fête. Les cultivateurs ont beaucoup de travail à cette époque de l'année, au même titre que les producteurs de muguet en France au moment du 1er mai. Autre porte-bonheur et symbole de prospérité de la fête du Têt, ces petits mandariniers appelés Kumqat.

Juste avant la fête, les ménagères se hâtent de préparer des plats à l'avance pour plusieurs jours car pendant le têt, elles ne touchent plus à rien dans leur cuisine. Les plats traditionnels du nouvel an sont préparés comme le porc au caramel avec des œufs, du riz gluant dans des feuilles de bananier. Bien entendu la maison est fleurie avec des couleurs vives, le rouge, le jaune et l'orange, symbole de richesse. Têt signifie « fête du premier matin de l'année ». Les Vietnamiens estiment que ce que l'on vit lors de ce premier matin est une préfiguration de ce que l'on vivra pendant les mois à suivre. De cette façon, chacun s'habille de neuf avec des couleurs vives et il est de coutume de montrer sa richesse et de dépenser sans compter. Il convient de célébrer l'abondance pour être sous son signe pendant l'année qui vient. De même, si une personne morose passe à ce moment le seuil de la porte, c'est un signe négatif. Les visites sont donc limitées à la famille et en particulier aux anciens qu'il convient d'honorer avec du thé et des cadeaux. Les fêtes commencent avant le Jour de l’An, dans la rue. Les familles font des offrandes au temple et regardent les spectacles et les défilés. Les danseurs sont la plupart du temps des pratiquants d'arts martiaux. Pendant plusieurs jours et parfois plusieurs semaines selon la région du Vietnam, les habitants vont de maison en maison, restent la nuit dans les rues, prient et s'offrent leurs meilleurs vœux. Il est de coutume d'offrir de petites enveloppes avec une carte et d'y ajouter quelques billets neufs. C'est un porte-bonheur. A travers la fête du Têt, c'est à la fois toute la mythologie vietnamienne, toute la conception de l'univers et de la famille qui s'exprime. C'est une célébration très ancienne qui mélange les conceptions bouddhistes, taoïstes, confucianistes et animistes du Vietnam. Les dynasties du XIe siècles la célébraient déjà. Pétards et feu d'artifices sont indissociables du nouvel an, ils sont censés chasser un redoutable démon ainsi que son effrayante épouse qui ne supporte ni le bruit ni la lumière. Les dragons qui parcourent les rues de Hanoi montrent combien l'influence chinoise est présente dans la culture vietnamienne.

Divertissement, gaieté, hommage aux ancêtres, profusion et abondance, conjuration du sort et vœux de bonheur pour toute l'année, la fête du Têt vietnamienne est une parade de symboles pour le renouvellement du ciel et de la terre. De sa réussite dépend l'écoulement de l'année à venir.

 

 

 

Publié dans Fêtes et Rituels

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