La route des Rois

Publié le par sylvain dommergue

L’histoire antique de la vaste zone comprise entre les régions désertiques de l’Est jordanien et de la Méditerranée révélée par l’archéologie laisse apparaître de nombreuses lacunes. Au cours d’invasions et de conquêtes, les vainqueurs rivalisèrent d’influence dans la région jusqu’à la création de l’empire de David et Salomon, en 930 avant J.-C., par les Israélites. Les siècles suivants consacrent l’arrivée de l’empire romain byzantin en 63 avant J.-C., l’avènement de l’Islam avec les Omeyyades, vers 650, les croisades du 9e au XIIe siècle, et quatre siècles d’occupation par les Turcs ottomans.  La révolte des tribus arabes, au lendemain de la Première Guerre mondiale, met fin à la domination ottomane. Elle fait au passage connaître le nom d’un britannique allié à l’émir Faysal : Lawrence d’Arabie.

En 1916, la Société des Nations place l’actuelle Jordanie, l’ex-Transjordanie et la Palestine dont la Cisjordanie, sous mandat Britannique. L’administration en est confiée à l’émir Hachémite Abdallâh en 1921. Il obtient peu à peu l’indépendance du pays, dans une région troublée par la création de l’État d’Israël. Grâce aux peuples bâtisseurs qui se sont succédés sur son territoire pendant des siècles, la Jordanie recèle de merveilles architecturales. Des sites romains comme la superbe Jerash, nabatéens à Pétra ou encore croisés à Kerak, ou les étonnantes fresques du Qsar Amra. Entre Amman et Aqaba, la cité nabatéenne de Pétra fut classée par L’Unesco sur la liste du patrimoine mondial de l’humanité. Pétra superbement mise en scène dans le décor tourmenté des roches du Wadi Araba. Dans cet impressionnant site naturel, les Nabatéens, un peuple de commerçants nomades originaires d’Arabie occidentale, sculptèrent à même la roche vers le IVe siècle av. J.-C. un ensemble d’édifices monumentaux uniques au monde. Le Khazneh, ou temple du trésor, premier tombeau monumental que l’on découvre en arrivant sur le site est sans doute le plus impressionnant. Ce monument à 2 niveaux présente une façade de 40 mètres de haut et de 34 mètres de large. Le bâtiment circulaire est encadré par 4 demi-frontons. À son sommet, une urne placée sur un chapiteau est protégée par deux aigles. Le décor accumule les symboles funéraires qui traduisent la vocation de l’édifice, dédié très certainement à une reine ou un roi nabatéen. Les monuments de Pétra ne sont pas construits mais taillés à même la paroi. Perfection des lignes, harmonie des formes, douceur des teintes, poli de la façade, le Khazneh tire son nom d’une légende arabe selon laquelle l’urne qui surplombe l’édifice renfermerait un trésor, Khazneh en arabe, déposé par un pharaon. Les marches qui généralement entouraient un temple servaient pour l’élévation de l’esprit du défunt.

Les Arabes pré islamistes croyaient à la vie après la mort, le plus souvent sous la forme d’une ombre sans consistance. L’usage était d’édifier au-dessus de la sépulture du défunt un monument commémoratif, stèle ou simple tas de pierres destiné à représenter aux vivants la personnalité du mort. Plus tard, les monuments funéraires adoptèrent une taille plus considérable et par leur parti pris architectural, les Nabatéens se révèlent sensibles aux goûts hellénistiques. Les Nabatéens, ancêtres des bédouins, étaient des croyants polythéistes, et portaient un grand intérêt à leurs morts. Ils vivaient très certainement au milieu de leurs morts parmi les tombes, comme le font encore aujourd’hui les bédouins. Moins attentifs à leur passage sur terre qu’à l’au-delà, n’ont-ils pas cherché à atteindre la perfection dans les temples funéraires plus que dans leurs propres maisons ? Dès leur construction, ces imposants édifices suscitèrent la convoitise des pillards, et de nombreuses inscriptions plaçaient les tombeaux sous la protection de dieux impitoyables envers les profanateurs.

Pétra fut une capitale animée d’une puissance commerciale qui dominait l’ensemble de la péninsule Arabique. À l’abri de leurs forteresses de pierre, les chameliers entassaient leurs richesses acquises sur les pistes des caravanes. La ville comptait alors plusieurs milliers d’habitants. Le théâtre regroupe des vestiges nabatéens, sculptés, et romains, construits. Il avait une capacité de trois mille places réparties sur 33 rangs de gradins et servait, en plus des représentations artistiques, pour les cérémonies religieuses et les réunions politiques.

L’imposant djebel ouest présente plusieurs tombeaux monumentaux dont le qualificatif royal désigne plus le caractère grandiose que la noblesse de leur propriétaire. Le « tombeau à étages », le plus colossal avec ses 5 niveaux superposés doit son originalité dans sa division horizontale en 5 niveaux superposés. Au-dessus des 4 portes de l’entrée, le 1er étage est décoré de 18 colonnes engagées, et son intérieur, bien que plus sobre, offre les striures brutes de la montagne, aux différentes teintes rosées, véritables fresques naturelles.

Le peuple nabatéen formait une nation commerçante, mais son génie s’applique surtout à l’écriture et à la religion. Il a mis au point une écriture qui lui est propre et qui est considérée comme l’ancêtre de l’arabe. La religion demeure l’élément le plus original de cette culture. Les dieux étaient adorés sous forme de pierres levées, sans représentation humaine particulière. Le culte des morts a laissé les témoignages les plus spectaculaires des croyances de ce peuple. Avec son urne de 10 mètres de hauteur, la masse imposante du Deir ou haut monastère présente de nombreuses similitudes avec le Khazneh, mais il se distingue par une décoration plus sobre et des volumes plus importants. Sa façade de 48 mètres de large en fait l’un des plus grands monuments du site. On a longtemps cru que c’était un tombeau, mais l’absence de niche pour la sépulture nous indique en réalité qu’il s’agissait là d’un lieu de culte.

À l’extrémité nord de la Jordanie, l’ancienne Gadara, aujourd‚hui appelée Umm Qais, a conservé de son riche passé de cité intellectuelle des vestiges de trois époques, romaine, byzantine et ottomane. Le site fut découvert en 1806 et depuis des archéologues y mènent des fouilles minutieuses. L’exceptionnel panorama désertique sur les gorges du Yarmouk ferait presque oublier qu’Umm Qais est l’un des points névralgiques du globe car c’est au pied de cette cité que se rejoignent les frontières de la Jordanie, d’Israël et de la Syrie. Grâce à sa situation stratégique, le site d’Umm Qais vaut d’être choisi très tôt comme poste frontière, d’autant que sa riche campagne et la proximité de sources abondantes permettent l’établissement permanent de populations. Avec le développement du commerce dans la partie orientale de l’empire Romain, la cité gagné progressivement par le christianisme, connaît un large essor. Encore brillante aux premiers temps de l’Islam, elle perd son importance après les tremblements de terre au VIIIe siècle.

Au XIVe siècle, elle renoue avec l’histoire à travers les Mamelouks, cette caste militaire installée dans la région opérant pour les califats d’Egypte. Il y avait trois théâtres dans cette cité antique qui confirment qu’elle était devenue un centre de villégiature pour les romains. Le plus important d’entre eux, le théâtre nord fut construit, comme les deux autres, à la fin du 1er siècle. Édifié en basalte et d’un diamètre de 77 mètres, les archéologues l’ont patiemment dégagé pour lui rendre son éclat sombre. Il pouvait accueillir 2000 spectateurs. Le Decumanus reste un point culminant de Gadara. Cette voie bordée de piliers était parcourue par des canalisations recouvertes de pavement. Avec les enfilades de colonnes corinthiennes et le chemin de pavés polis, le temps donne l’impression de s’être figé. La rue perpendiculaire au decumanus, artère marchande de la cité, était bordée de 17 boutiques dont certaines ont été l’objet d’une restauration précise en 1995.Au-dessus de cette rue marchande, une basilique fut construite au VIe siècle, peut-être pour commémorer le miracle de Jésus qui eut lieu non loin de là, lorsqu’il exorcisa deux hommes hantés par des démons. La ville possédait plusieurs thermes, comme ceux qui ouvrent sur le Decumanus. Ils s’appuyaient sur des voûtes compensant la pente du terrain. Les salles de chauffage permettaient à l’air et à l’eau chaude de circuler grâce aux pierres réfractaires empilées et aux canalisations en terre cuite.

Gadara fut conquise par les musulmans vers 635. Les fidèles ont repris le plan initial de l’époque romaine pour y établir leur village, et utilisé des pierres de remploi venues des autres maisons.

La ville gréco-romaine de Jérash, a connu une succession ininterrompue d’occupations humaines.  Ses premiers vestiges datent de l’époque néolithique. Jérash devint prospère sous l’autorité romaine.  Aujourd’hui, le site est considéré comme l’une des villes provinciales romaines les mieux préservées qui existe. Lorsque l’empereur Hadrien visita Jérash en 129 après J.C., la ville était déjà florissante. En son honneur, un arc de triomphe fut érigé, premier projet d’un vaste programme de succession. La « place ovale » date du IIe siècle. Cette place elliptique fut longtemps considérée comme la place du marché de la ville, mais sa fonction variait ; à la fois forum, esplanade sacrée où un autel était placé en son centre avant qu‚on le gratifie d‚une colonne, et élément de raccordement au « cardo maximus », la rue qui traversait la ville. Le superbe pavement aux pierres disposées de façon concentrique complète ce décor exceptionnel. Aujourd’hui traversé par les bédouins et leurs dromadaires, le Cardo Maximus était l’artère principale de la ville romaine. Sa large voie pavée subsiste jusqu’au-delà de l’arc triomphal Le « théâtre sud » est le plus ancien théâtre de Gérasa, construit en 90 après J.C.. Il comprenait 29 gradins et pouvait contenir au moins trois mille spectateurs. Réservés aux hommes, certains gradins étaient numérotés à l’aide de lettres grecques. Adossé à la colline, le théâtre a conservé un beau mur de scène de style corinthien. À Rome comme en Grèce, le spectacle jouait un rôle social important. Chaque cité prospère était dotée d’un théâtre où se rassemblaient, à chaque manifestation, la plupart de ses habitants. Le « temple d’Artémis » est le sanctuaire le plus grand du site.

Sa structure fut déterminée par les impératifs des rituels de processions. Ce type d’urbanisme joue sur les effets de perspective et tend à harmoniser le paysage naturel. Les hautes colonnes centrales et latérales impressionnent par leur majesté et leur délicatesse En face d’un tétrapyle, l’un de ces monuments à hautes colonnes placés aux carrefours des villes, les thermes. Émergeant d’un chaos de pierres, ils possédaient une structure à 4 arches en calcaires surmontés d‚un dôme.

Le long du cardo maximus apparaît un grand « nymphée », ou fontaine monumentale consacrée aux nymphes. La sophistication de son décor finement ciselée reste un parfait témoignage de l’art du Ier siècle. Des sept têtes de lions, l’eau jaillissait du premier étage par un système de canalisation, pour retomber dans une énorme vasque en marbre. L’eau débordait ensuite et s’infiltrait dans le sol pour réapparaître sur le cardo dans plusieurs petites urnes. De la place ovale, part une avenue de colonnades longues de 800 mètres : le cardo maximus. Principale artère, elle traversait la ville du nord au sud. L’excellent état du pavement disposé en bandes obliques régulières n’est marqué que par les traces des roues faites par les chars.

L’église Saint-Jean-Cosme-et-Saint-Damien faisait partie d’un regroupement de trois églises. La nef est recouverte d’un véritable tapis de motifs géométriques polychrome. Elle reste la seule à présenter des pavements de mosaïques.

Le mémorial de Moïse rappelle que le Mont Nébo est le lieu présumé de la mort du prophète. C’est l’un des sanctuaires les plus vénérés de la Jordanie. Cette sculpture contemporaine de Moïse au « serpent d’airain » illustre l’épisode biblique où les serpents brûlant tuèrent les Hébreux qui doutaient de Dieu. Les premiers Chrétiens élevèrent une église à sa mémoire dès le IVe siècle. Ce sont les vestiges de cette église qui présentent de splendides tapis de mosaïques, divisés en 4 registres champêtres, qui expriment des scènes de chasses, de gardiens de troupeaux... L’art chrétien a repris à son compte certains motifs païens qui ont servi de base à une iconographie, destinée à n’être compris que des seuls initiés. La mosaïque abonde ainsi de motifs animaliers et végétaux dont la fonction n’est pas uniquement décorative. Les raisins et la vigne sont le symbole du sang du Christ lors de l’Eucharistie, le cerf est une âme pécheresse en quête de rédemption, le poisson symbolise le Christ, les oiseaux figurent en général l’âme humaine, le paon représente l’Eglise, gardienne de l’Eucharistie, les bêtes sauvages sont la représentation du Mal, les palmiers manifestent les victoires...

D’origine probablement orientale, la mosaïque se développe à partir du Ve siècle avant J.C., surtout en Grèce et en Italie, et atteint son apogée à ‘‚époque byzantine. Au début, les motifs sont réalisés avec des galets blancs ou noirs, bientôt remplacés par des petits cubes colorés. Au fil du temps, les tons deviennent de plus en plus subtils et nuancés, concurrençant la peinture. Madaba, non loin du Mont Nébo, où vit une très importante communauté chrétienne, fut surtout florissante à l’époque byzantine, comme en témoignent ses églises et ses mosaïques, notamment la fameuse carte de la Palestine dans l’Eglise Saint Georges. Un tel document est unique, tant par son sujet que par ses données topographiques qu’il fournit sur le monde chrétien oriental. 150 lieux sont cités, alors même que la carte est incomplète ; elle mesurait à l‚origine 15 mètres sur 5. Plus qu’un simple document géographique, elle permet de comprendre la vision que les Chrétiens de l’époque avaient de leur monde. La carte devait aller de l’Egypte aux côtes Méditerranéennes selon une orientation qui privilégiait au centre la ville de Jérusalem, lieu saint par excellence.

Cette carte de la Palestine mentionne aussi bien l’Ancien que le Nouveau Testament. La carte comporte des inscriptions toujours écrites en grec, qui concernent aussi bien les lieux que les événements ou personnages qui lui sont rattachés, donnant une valeur didactique au document. Les noms des tribus ou des grandes régions sont inscrits en rouge, alors que les villages, ainsi que les commentaires, apparaissent généralement en noir. Les dimensions des villes correspondent à leur importance de l‚époque. Certaines localités ont ainsi droit à des vignettes, telles que Jérusalem, représentée avec un souci du détail, du cardo aux 45 colonnes au Saint Sépulcre couvert d’un dôme jaune. L’une des parties les plus vivantes de la mosaïque est la représentation du Jourdain, symbolisé par 3 poissons, déversant ses eaux la mer Morte, avec la ville de Jéricho en contrebas entourée de palmiers. L’autre versant du fleuve rappelle la sécheresse du désert, avec des buissons épineux et une gazelle poursuivie par un lion. L’orientation du Nil ne suit pas celle de la carte. Le bras droit du fleuve Égyptien enserre la ville de Péluse, dont l’importance est soulignée par une vignette. Les documents de base qui ont permis une telle réalisation doivent être des représentations de réseau routier. Sa fabrication remonte au VIe siècle par un atelier de mosaïque locale de qualité exceptionnelle.

Madaba, capitale de la mosaïque, débute ses activités à partir du IVe siècle, avec l’arrivée des Byzantins. Les archevêques président à la construction des églises et à leur décoration, et font orner leur sol de mosaïques dont les petits cubes de pierres, les tesselles, proviennent du sol de la région. Comme en peinture, une école de mosaïste se forme et définit ses propres techniques et thèmes.

Aujourd’hui, les commandes de tapis pour les églises ont disparu, mais les mosaïstes vendent encore leur savoir faire, et une école apprend aux jeunes cet art qui fut la splendeur de la région. La solidité de la mosaïque dépend de la qualité du mortier utilisé pour recevoir les tesselles. Un mélange de chaux éteintes et d’eau compose le lit de pose, sur lequel on étend une couche de plâtre destinée à recevoir le dessin de la composition puis les tesselles elles-mêmes, serties dans un enduit plus fin que la plâtre. On trouve différents types de mosaïques ; les grands fragments de pierres ou de nacre assemblées, les petits cubes égaux, et les minuscules tesselles, souvent en pierres semi-précieuses.

À l’est d’Amman, les "châteaux" du désert furent pour la plupart construits par les souverains Omeyyades de Damas. Infatigables constructeurs, ces califes élevèrent ces constructions dans le désert qui rompent la monotonie du paysage. Ces résidences aux rôles multiples servent avant tout le prestige des souverains. Le prince trouve là un moyen agréable de s’assurer l’allégeance des tribus nomades, il convie les chefs à des chasses qui s’achèvent par des réceptions somptueuses. Elles participent à la sécurité de l’Empire, protègent les caravanes et contribuent aux échanges de l’immense Royaume Omeyyade qui s’étend de Cordoue à l’Indus.

Qsar Kharaneh, une imposante construction en pierre avec son plan quadrangulaire et ses tours qui renforcent la structure montre clairement sa vocation défensive. Ne défendant aucun axe stratégique, ce fort faisait office de pavillon de chasse. Les tours pleines ne servent que de renfort aux murs, et les meurtrières aident à l’aération du palais. Au rez-de-chaussée, les réserves et les écuries à chameaux expliquent la hauteur des portes. Le bâtiment est organisé autour de sa cour centrale. Les « bayt », les appartements se composaient d’une pièce centrale et de 4 pièces latérales. Le premier étage est de la même organisation que le rez-de-chaussée, mais les décors en sont plus fins.  Le Qasr Amra, de qasr qui signifie palais et amra, construction, était un lieu de repos et de plaisir où les califes avaient l’habitude de retrouver en plein désert un cadre de vie hors de l’influence des milieux religieux austères.

Construit au VIIIe siècle par le calife Walid 1er, le palais présentait une salle d‚audience princière formée de trois nefs, prolongée d‚un hammam avec sa chaufferie. Couvrant les murs et les plafonds, les fresques de Qasr Amra sont des témoignages inestimables de l’art islamique, surtout à cause des représentations humaines inhabituelles dans l’Islam. Plusieurs peintures murales pourraient représenter le calife lui-même, assis sur un trône, lors d’une chasse ou d’une bataille, et même en compagnie de sa femme ou sa favorite allongée sur un divan, à moitié nue. Sa représentation en majesté rappelle la figure même du Christ, référence immédiate de l’art byzantin à qui il succède. Ces fresques confirment par leur qualité et leur symbolique le rôle d’exception de l’ensemble et furent classées par l’Unesco sur la liste du patrimoine mondial. Comme beaucoup de palais, le Qasr Amra était entouré de jardins, dont l’irrigation était assurée par une noria, chaîne sans fin munie de seaux et actionnée par un baudet afin de faire sortir l’eau du puits. De plus, la noria était reliée à un réservoir par un aqueduc pour fournir en eau le hammam princier.

Un poste caravanier pendant l’époque nabatéenne au VIe siècle avant Jésus-Christ, le fort d’Azraq fut transformé en château par les Romains.

Ses grosses pierres en basalte noir servaient à défendre un important point d’eau. Il permettait aussi de contrôler toute la vallée de Wadi Siran (ouadi sirane) très fréquentée par les caravanes. C’était une des voies d’invasion possible de la Syrie par les tribus du désert. Avec l’arrivée des Mamelouks au XIIIe siècle, l’édifice fut reconstruit avec une enceinte quadrangulaire renforcée de tours, selon le plan romain.

Le château est célèbre pour le passage du colonel Lawrence qui y installa son quartier général en 1917, avant de lancer son offensive victorieuse jusqu’à Damas en 1918.

La porte sud possède encore ses lourds vantaux monolithiques qui fonctionnent toujours. Ces lourdes portes de plus d‚une tonne étaient fréquemment utilisées jusqu’à l’époque byzantine pour toute sorte de bâtiment. D’un point de vue architectural, ces bâtiments, dont certains faisaient office d’écuries, présentent un système de couverture exceptionnel avec des dalles massives disposées en encorbellement à cause du manque de bois de construction dans cette région.  Des inscriptions grecques, romaines ou Arabes mentionnent les différentes périodes de construction de la forteresse.

         La Jordanie, malgré tous les trésors mis à jour, reste encore un vaste terrain de recherches qui bénéficie aujourd’hui des nouveaux moyens d’investigation de l’archéologie moderne.

Publié dans Monuments

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article