Le Caire

Publié le par sylvain dommergue

    Le Caire, mère du monde. Plus grande métropole d’Afrique, cité orientale et occidentale à la fois. Elle est la plus belle ville d’art islamique du monde; elle le doit à une brillante floraison d’œuvres architecturales s’étendant sur douze siècles: on y dénombre plus de quatre cents monuments historiques classés. Depuis les murailles septentrionales de la cité fatimide, d’une grandiose austérité, jusqu’à la limite méridionale de la ville, c’est un défilé harmonieux de mosquées, qui se termine en apothéose avec les puissants remparts de la mosquée du sultan Hassan, face à la Citadelle. Le musée égyptien abrite une des plus grandes collections du monde de l'art égyptien dont notamment l’or de Toutankhamon et les célèbres momies. Le vieux Caire avec le souk Khan el Khalili est un excellent point de départ pour explorer les vieux quartiers. Fondé par un émir mamelouk en 1382, le khan, le caravansérail, accueillait des marchands turcs. Le musée copte et les églises permettent de découvrir l'histoire de cette branche du christianisme oriental. Le 7 Janvier la population copte fête Noël. Le Caire médiéval avec ses mosquées et sa citadelle construite par Saladin est le lieu de promenade favori des cairotes le vendredi, jour de repos et de prière.  La Cité des Morts, cimetière musulman, est aujourd'hui le refuge de la population cairote la plus déshéritée. Source de l'Égypte pharaonique, les trois célèbres pyramides de Khéops, Khéphren et Mykérinos du plateau de Gizeh sont gardées par le terrible Sphinx, représentation de Khéphren,  qui veille sur la nécropole et les temples de granit.

    Au sud du Caire, le site de Memphis, vaste nécropole pharaonique, avec le colosse de Ramsès II et le site de Saqqara, la plus vaste nécropole d'Égypte, s'étent sur huit kilomètres de long. La pyramide à degrés du roi Djéser, œuvre d’Imhotep, premier architecte connu de l’histoire, se dresse parmi les mastabas, tombes des hauts fonctionnaires.

    Le Grand Caire, selon l’expression des voyageurs européens, fut dès sa création une capitale politique. Foyer du shi‘isme, il inquiétait le monde sunnite, et une sorte de cordon sanitaire tenta de restreindre son influence. Aussi, bien des rivales existaient : Bagdad, le vieux pôle de l’Islam, qui avait supplanté Damas ; Cordoue, dispensatrice d’une civilisation hors de pair. Au XIVe siècle, sous les sultans mamlouks, Le Caire devient métropole universelle, tout en demeurant un centre de culture, et reste, par sa prospérité commerciale, le point de mire de l’Europe.

    C’était le 6 juillet 969: les quartiers furent distribués entre les corps de troupe dix mois plus tard. La nouvelle cité se développait entre le minaret sud de la mosquée d’al-Hakim et la porte Zuwaila; à l’ouest, elle ne s’étendait pas au-delà du canal du Caire, aujourd’hui disparu, mais dont une rue porte le nom et rappelle le cours; ses confins correspondaient, à l’est, aux limites actuelles. Les murailles extérieures étaient bâties en briques crues, et leur largeur au sommet laissait passer deux cavaliers de front. On entreprit sur-le-champ la construction d’un palais royal et, le 4 avril 970, on posait la première pierre de la mosquée al-Azhar, achevée le 22 juin 972. Un second palais fut érigé à l’ouest du précédent, sur l’ordre du calife Aziz (976-996). Les deux édifices étaient séparés par une esplanade devenue célèbre dans le monde musulman sous l’appellation de « Place entre les deux palais », où dix mille hommes de troupe pouvaient évoluer.

    Ces deux palais califiens, meublés avec magnificence, ont disparu et fait place à d’autres édifices, dès le XIIIe siècle, sur l’initiative des sultans mamlouks. Mais on a retrouvé de splendides bois sculptés, que le musée d’art islamique du Caire a recueillis. Ces boiseries, justement fameuses, offrent, dans des compartiments, une collection de scènes dont le voisinage surprend: chasses, séances de musique et de danses, beuveries. Certains médaillons représentent des groupes de bêtes affrontées, les unes figées dans des postures d’un calme serein, la plupart des autres traitées avec un sens aigu du mouvement. Le rythme général est dû à l’alternance de petits polylobes et d’hexagones oblongs. Ce contraste de la répartition va de pair avec l’harmonie des figurations qui se répètent symétriquement, à droite et à gauche d’une scène centrale. Les sculpteurs de ces boiseries ont créé des tableaux pleins d’exubérance et d’une beauté presque sensuelle. Deux relations de voyage permettent encore aujourd’hui de s’extasier sur le luxe de ces châteaux, celle du Persan Nasir-i-Khusrau, qui séjourna au Caire en 1046, et celle, enthousiaste, des ambassadeurs du roi Amaury Ier, qui furent reçus à la cour fatimide en 1167. À la fin du XIe siècle, la première enceinte fut remplacée par de solides murailles en pierre de taille. Les trois portes monumentales qui ont survécu font apparaître une technique parfaite; ce sont: au sud, le Bab Zuwaila; au nord, le Bab al-Nasr et le Bab al-Futuh. Elles évoquent les portes romaines, le Bab al-Nasr surtout, doté de saillants carrés en pierres d’appareil, de moulures et de modillons. Cette porte est reliée à la muraille par un chemin de ronde intérieur. L’ensemble est constitué de voûtes en plein cintre, de voûtes en berceau, de voûtes à moulures multiples ainsi que de coupoles sur pendentifs. Les deux portes septentrionales sont surmontées d’une chambre de tir et pourvues d’un emplacement de herses. Outre ces trois portes, quelques beaux monuments de cette période ont subsisté: les mosquées al-Azhar, al-Aqmar, de Salih Talaï et d’Ibn Tulun, ainsi que les ruines de la mosquée d’al-Hakim. La mosquée d’Ibn Tulun, englobée depuis longtemps dans le périmètre de la ville, émeut par sa sobriété et sa vigueur; l’édifice exprime avec force la gravité de la foi islamique; la simplicité du plan n’a pas empêché l’architecte de jouer du contraste que la lumière de la cour fait avec la pénombre des nefs, cette dernière accentuée par la masse des piliers. Déjà compensée par les fenêtres qui semblent les alléger, la sévérité des arcades est encore atténuée par la frise des rosaces qui couronne le sommet des murs. Le curieux minaret de cette mosquée, avec escalier hélicoïdal, a été érigé à la fin du XIIIe siècle; il rappelle le campanile originel. Le fleuron de la dynastie fatimide reste la mosquée al-Azhar. Le monument, transformé en université théologique et agrandi, est une sorte de musée d’architecture et de décoration: immense assemblage d’arceaux et de colonnes, des styles les plus divers, auxquels furent ajoutés trois minarets d’époques mamlouke et ottomane. Cet édifice composite, résultat des recherches diverses de plusieurs générations de princes qui désiraient l’aérer et l’enrichir, fut à l’origine une mosquée de type classique, à cour centrale, entourée de portiques; une notable modification, inspirée du Maghreb, y fut apportée: une plus grande largeur donnée à la nef médiane en direction du mihrab fait de celle-ci une sorte d’allée triomphale.

    Un ancien israélite, qui s’était, non sans ostentation, converti à l’islam, instaura en 988 dans la mosquée al-Azhar un enseignement supérieur de théologie, de nuance shi‘ite. Mais cette mosquée fut aussi, selon la remarque de Max Van Berchem, « une académie universelle où l’on enseignait, à côté des sciences musulmanes proprement dites, les disciplines héritées de l’Antiquité ».

    La ville était organisée pour le commerce: des bâtiments spécialisés étaient réservés au dépôt des marchandises, d’autres au logement des négociants; c’est ce qu’on appela des caravansérails, des fondouks, ou encore des okelles (transcription de l’arabe), ou enfin des khan (vocable persan): édifices carrés, construits autour d’une grande cour, avec un portique qui abritait une galerie; le rez-de-chaussée était réservé à de spacieux magasins et l’étage divisé en appartements, sans mobilier (on apportait de quoi coucher et l’on préparait sa nourriture). À l’époque ottomane, du XVIe au XVIIIe siècle, ces khan deviennent nombreux dans le quartier de Bulaq, dont la prospérité était déjà attestée par Léon l’Africain dès le XVIe siècle. Parmi les commerces pratiqués sur le grand boulevard, il suffit de mentionner les artisans qui frappaient le plus les voyageurs européens: fabricants de serrures et de clefs en bois, orfèvres dont le bazar était célèbre sous la dénomination de marché des « petites cages », car les bijoutiers tenaient leurs bagues et leurs bracelets enfermés dans de petites caissettes. Le marché des cuivres incrustés d’or et d’argent était lui aussi renommé. Des tourneurs sur bois suscitaient l’intérêt des voyageurs par leur adresse: ils se servaient des orteils pour accélérer leurs travaux. Enfin, les relations de voyage s’étendent avec complaisance et indignation sur le marché aux esclaves, où l’on vendait des hommes et des femmes « comme on vend du bétail ».

    Les réalisations les plus spectaculaires sont les pyramides érigées sur le plateau de Giza (Gizeh) pour les pharaons Chéops (Khéops), Chephren (Khéphren) et Mykérinos (Mycérinus), la première surtout, aussi impressionnante par sa taille (146,60 m de hauteur sur une base carrée de 230,50 m de côté) que par son aménagement intérieur. Celui-ci comprend trois caveaux, l’un souterrain, dans l’axe de l’édifice, les deux autres construits dans la superstructure. Le plus élevé d’entre eux, édifié en blocs de granit et surmonté de cinq chambres également en granit, elles-mêmes couronnées de mégalithes en calcaire disposés en chevrons, est accessible par une vaste galerie constituée de sept assises formant une voûte en tas de charge. Cet ambitieux dispositif est unique. Les appartements funéraires des successeurs de Chéops redeviennent souterrains, et tous obéissent, à partir de la fin de la Ve dynastie et jusqu’à la chute de l’Ancien Empire, à un plan commun: une descenderie, un vestibule, un couloir fermé après l’inhumation du roi par des herses de granit, une antichambre à l’extrémité sud, encadrée, à l’est, par une pièce appelée serdab (du terme arabe signifiant cave) servant de magasin et, à l’ouest, après un court passage, par la chambre du sarcophage. Comme l’indiquent, depuis le règne d’Ounas, dernier roi de la Ve dynastie, les textes gravés en colonnes de délicats hiéroglyphes peints en vert, cet ensemble correspond au parcours effectué d’ouest en est par le roi pour prendre place, à l’aube, dans la barque diurne du soleil. Quittant son sarcophage, le défunt s’attarde dans sa chambre sépulcrale, assimilée à la Douat, lieu où l’astre en gestation séjourne pendant la nuit, puis se rend dans l’antichambre, soit l’horizon, avant de gagner le couloir identifié au ciel, non sans être auparavant passé par la demeure secrète d’Osiris, le serdab, seule pièce demeurée anépigraphe. La volonté d’uniformisation des sépultures royales ne concerne pas uniquement l’aménagement de l’infrastructure; elle s’étend aussi aux dimensions de la superstructure, qui considérablement réduites par rapport à celles des pyramides de Chéops et de Chephren, sont fixées au cours de la Ve dynastie à 79 mètres pour la base et à 52 mètres environ pour la hauteur.

 

 

 

Publié dans Cités

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